Retrait des revêtements de sol collés

Retrait des revêtements de sol collés


Retrait des revêtements de sol collés

D’importantes surfaces de revêtement de sols en dalles collées ou en lés, collés ou non, en matières plastiques vinyliques armées de fibres d’amiante ont été mises en place en France. La teneur maximale d’amiante dans les dalles de sol est d’environ 15 % de leur masse. Il existe aussi des dalles asphalte-amiante (bitume ou résine de Coumarone).

Ces matériaux ont été fixés à l’aide de différents produits de collage dont certains, notamment des produits noirs à base de bitume, pouvaient éventuellement contenir de l’amiante (1 à 10 %). Des revêtements vinyliques en lés ont également été mis en œuvre sur des sous-faces en feutre d’amiante. Ces revêtements de sol peuvent avoir été posés sur des ragréages, des mortiers et des chapes (en terrazolith avant 1950 ou à base ciment), qui peuvent contenir de l’amiante. Les travaux vont consister soit à la dépose des revêtements en place, soit à leur encapsulage.

La finalité du retrait pourra être :

- la démolition de tout ou partie de l’immeuble,
- la mise en place d’un nouveau revêtement. Dans le cas de la réhabilitation des sols d’un local, il est fortement déconseillé de recouvrir ces revêtements contenant de l’amiante par un autre matériau lorsque les anciens revêtements risquent de présenter dans le temps des défauts d’adhérence et nuire à la bonne tenue de l’ensemble. Si ces matériaux sont maintenus en place et recouverts par un autre revêtement, il est impératif de conserver la trace de leurs présences dans le dossier technique amiante, afin d’en tenir compte lors d’interventions ultérieures sur les sols. Le donneur d’ordre, ou le maître d’œuvre, doit fournir à l’entreprise un repérage exhaustif avant travaux de la présence éventuelle d’amiante dans les différentes couches du revêtement de sol (dalles et lés, colles, feutre, enduit de ragréage et chape). L’entreprise doit exiger ce repérage. Ce diagnostic va permettre de définir la solution technique, en cas de présence d’amiante, qui conditionnera les travaux demandés à l’entreprise :

a) enlèvement avec de l’amiante seulement dans les dalles, b) enlèvement avec de l’amiante dans la colle ou dalle + colle, c) enlèvement avec de l’amiante dans les couches sous les dalles (ragréage, chape, etc.), d) maintien du revêtement en place. Les techniques de dépose doivent être choisies de manière à limiter le plus possible les émissions d’amiante pendant les opérations. L’entreprise doit déterminer l’empoussièrement attendu aux postes de travail en fonction de son retour d’expérience provenant de mesures effectuées sur des chantiers réalisés dans des conditions similaires. Les mesures de prévention envisagées en découleront et seront validées par de nouveaux contrôles d’empoussièrement.


Enlèvement des dalles

Les différentes techniques connues sont :

- la dépose à la spatule à l’humide (solution contenant un agent tensio-actif),
- la dépose par réchauffage des dalles pour ramollir la colle bitumeuse,
- la dépose à sec ou à l’humide à la lame vibrante,
- la dépose à sec à la spatule. Le retrait des éléments en vinyle-amiante, par grattage à sec à la spatule, aboutit généralement à un fractionnement important, qui se traduit par un empoussièrement dans l’ambiance du local pouvant dépasser la valeur limite d’exposition professionnelle.

Deux techniques alternatives permettent de réduire les émissions de poussières lors de la dépose des revêtements : l’humidification avec de l’eau additionnée d’un savon liquide, ou encore avec un produit mouillant spécifique (pas de fixateur) et le réchauffage au décapeur thermique, qui permet de ramollir la colle et de réduire le degré de fractionnement du matériau plastique.

Des machines, qui réchauffent les dalles et captent les poussières, sont bien adaptées à ces travaux de retrait concernant des surfaces importantes, d’accès facile et dépourvues d’obstacles. Mode opératoire et mesures de prévention

Pour les travaux de niveau 1, les mesures de prévention suivantes doivent être mises en œuvre :

- baliser la zone de travail et interdire l’accès aux tiers,
- vider la pièce ou le local de tout son mobilier ; tout objet ou équipement difficilement décontaminable (radiateurs, textiles muraux, etc.) est enveloppé d’un film en matière plastique,
- arrêter et consigner les systèmes mécaniques d’échange d’air et maintenir les fenêtres en position fermée pour éviter les courants d’air pendant toute la durée du chantier,
- isoler le chantier des autres locaux (couloir, cage d’escalier, partie de local) et obstruer les grilles d’aération et les portes par des films tendus en matière plastique, joints aux supports de manière étanche à l’air sur la totalité de leur pourtour et résistants,
- assurer mécaniquement le renouvellement de l’air (60 m3/h/personne, articles R. 4222-1 et suivants du code du travail),
- aménager un seul accès à la zone,
- équiper les intervenants d’une combinaison à usage unique à capuche de type 5, de gants lavables et d’un appareil de protection respiratoire à ventilation assistée (masque complet TM3P ou casque ou cagoule TH3P), plus confortables qu’un appareil filtrant à ventilation libre,
- décoller les dalles en les réchauffant ou en les humidifiant et enfermer les déchets dans des sacs en matière plastique étanches au fur et à mesure de leur production,
- en fin d’opération, procéder à un nettoyage soigné de toutes les surfaces (sols et murs) à l’aide d’un aspirateur équipé de filtre THE ou à l’humide, avant de procéder au repli du chantier,
- avant la sortie de la zone, mouiller la combinaison et le masque puis retirer la combinaison avant le masque,
- prendre ensuite une douche d’hygiène sur le chantier,
- les déchets de matériaux de revêtement de sols en vinyle-amiante sont acheminés vers une installation de stockage de déchets non dangereux (classe 2), après conditionnement dans un deuxième emballage.

En cas de réoccupation des locaux, un film plastique de propreté peut être placé sur les murs pour faciliter le nettoyage final.

Pour les travaux de niveau 2, en complément des mesures décrites pour le niveau1 :
- mettre en place une unité de décontamination ; un tunnel 3 compartiments est conseillé,
- assurer le renouvellement de l’air d’au moins quatre volumes par heure, par la mise en place d’extracteur(s) d’air avec rejet extérieur de l’air,
- proscrire les appareils de protection respiratoire à ventilation libre,
- prévoir une aspiration mobile à proximité immédiate du matériau en cours de décollement, à l’aide d’un aspirateur équipé d’un filtre à très haute efficacité ou d’une gaine d’extraction connectée à un extracteur THE. Les travaux classés en niveau 3 sont réalisés selon les conditions décrites § 3. Le retrait de dalles sur des ragréages ou des chapes maigres contenant de l’amiante est, sauf justification, classé en niveau 3.


Enlèvement des colles

Les techniques de dépose de colle sont multiples et sont souvent mécanisées, compte tenu de la pénibilité de l’opération. La technique choisie est aussi dépendante de la qualité du support. Les différentes techniques connues sont :

- la dépose à la grenailleuse,
- la dépose par une ponceuse à disque ou une rectifieuse de sol,
- la dépose avec une raboteuse,
- la dépose au jet Haute Pression,
- la dépose manuelle avec un solvant.

Ces travaux produisent beaucoup de poussières, constituées principalement de silice. Les machines utilisées doivent être munies d’une aspiration à la source et des mesures doivent être prises pour gérer les poussières non captées. Même si l’empoussièrement amiante attendu permettrait de classer ces travaux en niveau 1, ils sont classés en niveau 2 en raison du risque d’exposition accidentelle.

Mode opératoire et mesures de prévention Compte tenu de l’empoussièrement attendu, plus important que le simple enlèvement des dalles, il est demandé :
- de protéger les parois susceptibles d’être polluées par les poussières avec un film plastique de propreté,
- d’utiliser des machines reliées à des aspirateurs, à tête cyclonique, à décolmatage, munis de filtre à très haute efficacité,
- de procéder à un nettoyage soigné de toutes les surfaces, d’appliquer un surfactant sur les films plastiques et de retirer les films plastiques. Selon la technique utilisée, un traitement avec une humidification importante permet également de maîtriser l’empoussièrement.

Lorsque l’efficacité du système d’aspiration à la source n’est pas satisfaisante, les travaux sont considérés de niveau 3.

Le décapage chimique des colles à l’aide de solvants organiques est classé en niveau 1. Il est néanmoins déconseillé. Il permet de réduire le risque d’inhalation de poussières d’amiante mais peut générer d’autres risques en fonction de la nature du solvant :

- risques élevés d’intoxication,
- risques d’incendie ou d’explosion par émission de vapeurs,
- migration de fibres d’amiante dans le ragréage et la chape maigre,
- éventuel dégraissage, avec solvants ou acides forts, avant repose d’un nouveau revêtement. En outre, les résultats de l’examen visuel après travaux sont souvent mauvais si plusieurs décapages successifs ne sont pas mis en œuvre. En conséquence, en fonction des informations de la fiche de données de sécurité :
- les opérateurs doivent porter un appareil de protection respiratoire les protégeant de l’amiante et du solvant et les équipements de protection individuelle doivent résister aux divers produits,
- le matériel électrique et les extracteurs (nécessaires au renouvellement de l’air dans la zone) doivent être antidéflagrants par construction si le solvant utilisé est inflammable (voir les normes ATEX),
- en fonction du solvant utilisé, les déchets peuvent ne pas être acceptés en installation de stockage de déchets dangereux (classe 1),
- une ventilation prolongée des locaux doit être réalisée avant leur réoccupation.


Enlèvement des dalles et colles en présence d’amiante dans les supports

Les feutres (sous lés) sont des matériaux friables et doivent être retirés par une entreprise certifiée pour le retrait de MCA friables.


Maintien du revêtement en place

Dans le cas de la réhabilitation de locaux, il peut être choisi de conserver des produits amiantés, le revêtement de sol ou uniquement la colle, et de les recouvrir par un nouveau revêtement.

Les opérations de recouvrement non classées comme encapsulage, pose de moquette, pose de dalles ou lés sans percement, parquet flottant, etc sont considérées comme des « interventions sur MCA » et peuvent être réalisées par des entreprises non certifiées. Des modes opératoires doivent être établis pour ces travaux et transmis aux organismes de prévention et à l’Inspection du travail.

Dans tous les cas, il est indispensable de conserver dans le DTA, une trace écrite mentionnant la présence de dalles ou de colle amiantées sous le nouveau revêtement afin d’en tenir compte lors d’interventions ultérieures sur les sols.